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Idex Lyon-Saint-Etienne, Big n'est pas toujours beautifull

Publié le : 16 Jul 2020

Ci-dessous, ma tribune qui dépasse le seul cas de l'Idex Lyon-Saint-Etienne et aborde le problème général de la conciliation nécessaire de l'excellence universitaire et du développement territorial.

Le projet d’Idex Lyon-Saint-Etienne connait enfin le débat public qu’il mérite, après avoir été trop longtemps confiné dans les seules instances universitaires. Au terme de plusieurs années de gestation conflictuelle, il se réduit à la fusion de quatre établissements, les universités Lyon 1, Lyon 3, Saint-Etienne et l’ENS Lyon. Depuis quelques mois, les présidents et le ministère multiplient les injonctions et exigences d’intégration accrue en maniant la carotte (quelques financements supplémentaires issu du « grand emprunt », le bénéfice d’une image « d’excellence ») et le bâton (décidez vite, sinon vous n’aurez rien). En conséquence, l’université Jean Monnet Saint-Etienne est priée d’accepter avant le 30 septembre sa dissolution pure et simple dans « l’université de Lyon » et la métropole stéphanoise sommée de perdre tous ses pouvoirs universitaires. Comment s’étonner qu’un tel projet, une fois réellement expliqué, suscite une très large réprobation ?

            Au-delà des seules sensibilités locales, la question posée est celle du lien entre l’enseignement supérieur, la recherche et le développement territorial. Bien qu’essentiel et largement documenté dans la littérature scientifique (un comble !), ce lien est le grand absent de la politique de concentration des universités suivies depuis quelques années en remplacement des simples coopérations concrétisées par les Communautés d’établissements (Comue). S’il n’est pas affecté par le regroupement d’universités situées dans les capitales régionales (Strasbourg 1, 2, 3, Bordeaux 1, 2, 3, etc.), il en va tout autrement pour les universités pluridisciplinaires de villes moins importantes comme Saint-Etienne qui forment aujourd’hui le principal maillage universitaire du pays. Sans surprise, aucune, jusqu’ici, n’a d’ailleurs accepté de disparaitre corps et biens dans un établissement centralisé de 80 ou 100.000 étudiants où serait concentrée (avec quelle efficacité ?) la gestion de très nombreuses filières d’enseignement et où seraient prises toutes les décisions. En matière de recherche, les résultats des appels d’offres très sélectifs de l’ANR, des « équipements d’excellence » ou « laboratoires d’excellence » ne peuvent que les conforter puisque la plupart de ces universités en ont bénéficié dans telle ou telle spécialité, souvent en lien avec le tissu économique local.

            Aucun pays étranger n’assimile l’excellence universitaire à la concentration massive, encore moins quand elle est imposée, il serait peut-être utile de se demander pourquoi. En l’espèce, « big is not beautifull », à Lyon – Saint-Etienne comme dans d’autres régions. Paradoxalement, l’ordonnance de décembre 2018 comporte diverses possibilités permettant de concilier le maintien de l’autonomie et l’implication dans des coopérations inter-établissements renforcées. Ces dispositions sont particulièrement adaptées à ces universités motrices pour le développement de leur territoire. Il est stupéfiant de s’entêter à ne pas vouloir les utiliser !



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